Mon travail conjugue savoir-faire traditionnels, esthétique contemporaine, philosophie du temps long et du vivant.

J’utilise une gamme d’outils musculaires et de techniques existant depuis des siècles pour créer des pièces utiles et sensibles : des objets porteurs des gestes, du temps, du dialogue qui leur donnent forme.

le tour à perche

Le tour à perche (apparu il y a au moins 2000 ans) est actionné avec le corps, en se tenant debout : la pièce que l’on sculpte, tenue entre deux pointes métalliques montées sur une structure en bois, tourne à chaque battement de pied, tandis que l’on place son outil tranchant au bon endroit et avec le bon angle pour enlever un peu de bois. L’on crée progressivement la forme voulue.

la sculpture à la suédoise

Je sculpte cuillères, louches et ustensiles grâce à un ensemble de gestes et d’outils hérités de la tradition scandinave.

Une technique ancienne de sculpture du bois vert dont les suédois ont notablement synthétisé le détail dans des livres qui restent des références aujourd’hui.

La vague du nouvel artisanat, alimentée entre autres par les arts & crafts anglo-saxon, est garante de la transmission de ce patrimoine vivant.

l’urushi

Laque végétale naturelle issue de l’arbre à laque : Toxicodendron vernicifluum,. La Chine et le Japon sont porteurs de son usage pluri-millénaire (-5000 ans avant JC !), atteignant une technicité et un raffinement rarement égalés.

Elle s’applique en plusieurs couches, nécessitant un temps et des conditions de polymérisation précises. La laque est imperméable, résistante au chaud et au froid, anti-fongique, durable…

Je pratique le fuki-urushi (laque essuyée) pour finir mes tasses et quelques ustensiles.

Que signifie sculpter sans machine dans un monde industriel ?

Comment composer avec une culture du beau en partie issue de la production en chaîne, de la capacité des machines, et maintenant des modèles d’automates algorithmiques (IA) ?

Quel dialogue, quelle lutte intérieure habitent l’ouvrage manuel portant la trace de l’outil à l’aune d’une esthétique du lisse produite par engins et ponceuses ?

Dans ma pratique, il s’agit d’accepter un point de tension fécond entre la nature organique et changeante de l’ouvrage musculaire (la trace de l’outil à main ou à pied, la déformation du bois qui sèche) et la recherche d’une forme parfaite, immuable, liée à une esthétique du design qui nourrit malgré tout mon imaginaire.